Evangelization of Dahomey

The Catholic Church in Bénin Republic is celebrating the 150th Anniversary of the arrival of the first missionaries – priests of the Society of African Missions – throughout 2011. Pope Benedict XVI will visit Benin in Novemebr 2011 as part of the celebrations. Fr Renzo Mandirola SMA has written extensively on the early history of the SMA, with particular reference to a giant of SMA history – Fr Francesco Borghero SMA – as well as several spiritual books. The text below is from a talk he gave to Béninois priests studying and living in Rome in May 2011. An English translation will be provided shortly.

 

The Evangelization of Dahomey
the first missionaries

 

1.    Le Dahomey et la SMA : un lien privilégié

1.1.          Mgr de Marion Brésillac (1813-1859)

1.1.1.      Il part pour l’Inde comme MEP en 1842.

1.1.2.      En 1845 il est nommé évêque.

1.1.3.      En 1854 il quitte l’Inde pour Rome afin de s’expliquer.

1.1.4.      En mars 1855 Pie IX accepte sa démission.

1.1.5.      Dans le couvent des capucins à Versailles le gardien, le P. Ambroise de Bergérac, le met en contact avec M. Régis, qui a des comptoirs sur la côte ouest de l’Afrique et qui verrait de bon œil l’arrivée de missionnaires catholiques[1].

1.1.6.      À la fin de l’année 1855 il part pour Rome.

1.2.         Mgr de Marion Brésillac et le Dahomey.

1.2.1.      Le 4 janvier 1856, il présente à la Propagande un Rapport « au sujet d’une nouvelle mission à établir dans le Royaume de Dahomey »[2].

1.2.2.      La Propagande, à travers son secrétaire Mgr Barnabò, lui demande de fonder un Institut qui puisse assurer une continuité à son travail en Afrique.

1.2.3.      Le 8 décembre 1856 il fonde à Lyon la SMA.

1.2.4.      Il demande avec insistance à la Propagande le Dahomey : 4 janvier 1856, 26 février 1856, 23 juin 1856, 20 juillet 1856, 6 août 1856, 12 novembre 1856, 13 décembre 1856.

1.2.5.      Le 3 mars 1857 il se dit prêt à accepter une autre mission, « sauf à nous charger plus tard du Dahomey si vous le désirez »[3].

1.2.6.      Le 27 avril 1857 et le 12 septembre le card. Barnabò lui signifie que ce ne sera pas le Dahomey mais la Sierra Leone son nouveau champ d’apostolat. Ce n’est pas ce qu’il voulait mais il accepte et il en écrit à la Propagande en ces termes : « Aussitôt, Éminence, j’ai fait part de ces lettres à mes associés, et j’ai le plaisir de vous faire savoir qu’unanimement ils sont entrés dans l’esprit qui animera, j’espère, toujours notre Société, en déposant instantanément le désir que nous avions de commencer notre œuvre par le Dahomey, afin d’entrer purement et simplement dans les vues de la S.C. de la Propagande. Nous accepterons donc avec joie la mission de Sierra Leone »[4].

1.2.7.      Le premier groupe SMA (Reymond, Bresson et le frère Eugène) part de Marseille le ¾ novembre 1858. Le deuxième (Brésillac, Riocreux et frère Gratien) part de Brest le 11 mars 1859.

1.2.8.      Le 18 juin 1859, il manque une semaine à sa mort, il a encore le courage d’écrire au P. Planque : « Malgré tout cela[5], j’irai seul, si c’est possible, le mois prochain, faire un voyage au Dahomey pour voir s’il ne vaudrait pas mieux fonder là un centre »[6].

1.3.                     Le P. Augustin Planque (1826-1907)

Lorsque Mgr de Brésillac meurt à Freetown, il ne reste à Lyon que deux prêtres (Planque et Borghero) et quelques séminaristes. Planque, après avoir consulté les autres, s’en va dire au Pape que, malgré le nombre et les avis contraires, ils sont tous disposés à poursuivre l’aventure du Fondateur.

1.3.1.      Pendant qu’il se trouve à Rome pour rencontrer le Pape Pie IX et le card. Barnabò, Planque écrit à ce dernier : « Votre Éminence sait aussi que jusqu’au 12 Septembre I857, jour où fut expédié à Mgr de Brésillac le duplicata d’une lettre perdue du 27 Avril de la même année, nous avons toujours demandé la Mission du Dahomey; et lors même que le Vicariat apostolique de Sierra Leone nous eût été offert et que Mgr de Brésillac l’eût accepté, nous n’avons jamais perdu de vue que c’est le Dahomey qui a fait naître notre Congrégation. […] Vous ne vous étonnerez donc pas, Éminence, que je poursuive le même but et que je vous demande le Dahomey. […] Il me semble, Éminence, que mourir pour mourir, le martyre du sang serait plus avantageux à la Religion et au missionnaire que celui des fièvres; au moins ce sang versé nous donnerait une palme et une auréole au ciel, et nous pourrions voir se réaliser cette parole qui a toujours été une vérité dans l’Église de Dieu : Sanguis martyrum, semen christianorum »[7].

1.3.2.      Le 28 août 1860 le Saint-Siège érige le Vicariat apostolique de Dahomey (entre les fleuves Volta et Niger) et le confie au Séminaire des Missions Africaines.

1.3.3.      Le 2 décembre 1860, le P. Francesco Borghero est nommé Supérieur ad intérim du Vicariat apostolique du Dahomey. En sa qualité de chef de mission, le 5 janvier 1861, il part de Marseille avec les PP Fernandez Francisco (espagnol) et Edde Louis (français).

2.    Le Fondateur de la Mission du Dahomey : le P. Francesco Borghero

2.1.                     Biographie succincte

2.1.1.      Il naît à Ronco Scrivia (33 Km de Gênes) le 19 juillet 1830, premier de 12 frères.

2.1.2.      Famille pauvre ; son oncle s’occupe de lui et de ses études (chez les Jésuites à Voghera et au Séminaire de Gênes).

2.1.3.      Le 10 septembre 1852 il part pour Subiaco, près de Rome, avec l’Abbé bénédictin Casaretto qui dans les années 1850 fonde la Congrégation Sublacense (jusqu’en 1959 : Congregazione Cassinese della Primitiva Osservanza) qui se détache de la Congrégation cassinese.

2.1.4.      Il enseigne pendant 5 ans la Rhétorique (le cursus studiorum comprenait à ce moment Grammatica, Umanità e Retorica).

2.1.5.      Il est ordonné prêtre le 27 décembre 1854 « titulo missionis ».

2.1.6.      En novembre 1857 il quitte Subiaco, ne pouvant réaliser son désir de partir pour les Missions.

2.1.7.      En juin 1858 il rencontre à Rome Mgr de Brésillac et il part avec lui à Lyon.

2.1.8.      Il part le 5 janvier 1861 (Canaries, Dakar, Freetown où meurt le P. Edde) et arrive le 18 avril à Ouidah

2.1.9.      Quatre ans après, le 12 janvier 1865, il s’embarque à Lagos pour l’Europe.

2.1.10.  Au début de janvier 1868, la Propagande lui demande de se mettre de côté, pour le bien de la SMA.

2.1.11.  Quelques mois après cela il est à côté de Pise, à Migliarino Pisano, précepteur dans la maison du duc Scipione Salviati. Il y reste une quinzaine d’années.

2.1.12.  Il refuse un Vicariat en Afrique centrale en 1882 à cause de sa santé, mais se dit disponible pour un vicariat en Égypte en 1886, ma cela ne se concrétise pas.

2.1.13.  En 1890 on le trouve directeur spirituel dans un des deux séminaires de Gênes (chez les Figli di Santa Maria Immacolata qui ont aussi une maison in via del Mascherone, à Rome).

2.1.14.  Il meurt dans son village le 16 octobre 1892, d’un cancer à l’estomac.

2.2.                     Sa formation

2.2.1.      Sa formation se fait dans trois endroits importants : le collège de Jésuites à Voghera, le Séminaire de Gênes et le monastère bénédictin de Subiaco.

2.2.2.      Il a une solide culture théologique, humaniste (ses lettres sont pleines de citations non seulement de la Bible ou de théologie, mais aussi des auteurs classiques)et scientifique ; ce qui permet au P. Planque de le proposer comme pro-vicaire : « il connaît les langues européennes les plus répandues dans ces contrées: le Français, l’Anglais, l’Italien, l’Espagnol, un peu de Portugais et d’Allemand, et en outre il apprend très-vite un idiome nouveau. Votre Éminence connaît ses talents et sa piété et j’ai la confiance que nous n’avons pas d’inconstance à redouter de sa part au Dahomey. Il rendra, je pense, de très-grands services dans le commencement de la mission surtout, par les connaissances qu’il possède »[8].

2.2.3.      Il s’est préparé à la vie rude du missionnaire qui doit ouvrir une nouvelle mission. Il commence son Journal [9] en disant que le missionnaire « se trouve dans la nécessité de connaître encore [en plus de la Bible]  un certain nombre de langues, de posséder les notions élémentaires de l’astronomie, la géographie, l’architecture, la médecine et la petite chirurgie, l’agriculture et même savoir se servir de ses mains pour être au besoin menuisier, forgeron et tailleur, sans compter qu’ il a besoin plus que personne d’être durci à la fatigue des marches à pied, aux ardeurs du soleil, à la rigueur du froid, et savoir trouver sa nourriture dans les choses les plus simples, se contenter de peu de chose, pouvoir dormir sur la dure, sur la terre et à ciel ouvert quand les circonstances l’exigent »[10].

2.3.                     Ses talents

C’est un homme doué et increvable.

2.3.1.      Il aime se cultiver. Il suffirait de voir en parcourant ses lettres quels sont les livres qu’il demande et les journaux qu’il lit. Il fait partie par ex. des abonnés de la première heure à la Civiltà cattolica (fondée à Naples en 1850).

2.3.2.      Il aime écrire même s’il fatigue à trouver le temps[11]. Et il écrit avec le but de faire mieux connaitre cette partie du monde peu et mal connue qu’est l’Afrique. À tel point qu’à sa mort les Annales de la Propagation de la Foi écriront : « M. Borghero a raconté dans les Annales de la Propagation de fa Foi, de 1861 à 1867, avec une simplicité émouvante, son laborieux et périlleux apostolat à la Côte des Esclaves et au Dahomey. Ses lettres furent longtemps la source unique où puisèrent tous les publicistes qui, soit en France, soit en Italie, soit en Angleterre, entreprirent de parler de cette région »[12].

2.3.3.      Il sait dessiner. Dans ses lettres il insère plusieurs desseins soit pour expliquer ce qu’il voit soit pour fournir un modèle de ce qu’il voudrait qu’on lui envoie de France soit pour expliquer les instruments qu’il invente pour faire face aux nécessités qu’il rencontre. En 1865 il dessine une carte de la Côte des esclaves avec l’explorateur Richard Burton. La même année il en prépare une autre qu’il va publier dans le Bulletin de la Société de géographie de Paris, en 1866[13].

2.3.4.      À partir de l’endroit où il vit il met en fonction son esprit créatif. Un jour il s’agit d’un chapeau qui doit laisser passer l’air, le jour après c’est la fabrication de bougies à partir de l’huile de palme, etc.

2.3.5.      C’est un homme de relation : les gens simples comme ceux qui se pressent à la mission, les esclaves, les malades, les enfants ; mais aussi les gens plus importants : le capitaine et explorateur Richard Burton à qui nous devons la découverte du Lac Tanganyika (1858), Jules Girard qui inspira Daudet pour son Tartarin de Tarascon, l’amiral Wilmot, commandant la flotte britannique de l’Afrique de l’Ouest, le Président du Liberia qui se dit favorable à une mission catholique dans le Pays, le Gouverneur Glover à Lagos qui lui donne un terrain comme le Roi de Portonovo, le consul espagnol à Freetown et celui italien à Lagos, le Roi Glélé, etc.

2.3.6.      C’est un voyageur passionné. Dans les quatre ans qu’il a passé à Côte il a fait beaucoup de voyages : en bateau, en pirogue, à pied, à cheval. C’était un esprit curieux et il avait la capacité de décrire tout ce qu’il voyait et d’en faire des descriptions précises avec les termes appropriés. Mais ce n’est pas celle-ci la raison qui l’a amené de Freetown à Conakry, de l’île Factory aux îles de Loss, de Lagos à Abeokuta, de Ouidah à Portonovo, de Badagry à Agoué, sans oublier Grand Popo, Petit Popo, Porto Seguro, de Epé à Palma, de Brass à Bonny, de l’île Fernando Po au Mont Cameroun. Il avait le désir de visiter les quelques chrétiens éparpillés sur les côtes, répondre à leurs appels, détecter les endroits plus propices à devenir des centres de propagation de la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ. Enfin, devant la mort de plusieurs confrères et la maladie d’autres, il sentait que c’était aussi de son devoir de trouver des endroits salubres où ses missionnaires pourraient venir se reposer sans être obligés de rentrer en Europe très souvent[14].

2.3.7.      C’est aussi l’homme à tout faire. Il s’y connait en beaucoup de choses. Il écrit : « Il m’arrive souvent de devoir dans la même journée rendre quelque visite ou sortir pour autre besoin, faire le maçon, le charpentier (malheureusement aussi le cuisinier), le tailleur, le médecin (pour moi et pour les autres), le chirurgien, me dévorer un accès de fièvre, gronder celui-ci ou celui-là et tout ceci n’est que secondaire car grâce à Dieu je suis missionnaire et prêtre ce qui est le principal, et tant qu’il me sera possible je me garderai bien de substituer le secondaire au principal. Or un pauvre homme comme moi comment voulez-vous qu’il puisse écrire tout ce que dans l’insomnie des longues ténèbres il a proposé de vous écrire ? »[15].

2.4.                     Sa méthode missionnaire[16]

Au début de son Journal il écrit : « Un missionnaire doit avant tout avoir l’esprit des Apôtres, l’amour de N.S. Jésus Christ à un degré héroïque, le désir ardent de propager l’Église parmi tous les peuples »[17].

Tenant compte de cela, Borghero met en place sa méthode pastorale qui se base sur plusieurs choix :

2.4.1.      Respect vis-à-vis des autorités locales, mais refus de tout compromis

Le respect doit marcher de pair avec la fidélité à l’évangile.

Un exemple mémorable est son entrée remarquée à Abomey, à la cour du Roi Glélé, et les exigences posées au souverain pour aller à sa rencontre.

« Quand il fut question de régler définitivement mon entrée solennelle dans la capitale du Dahomé, j’ai posé nettement les conditions suivantes : 1) De n’être forcé par le Roi à aucun acte qui fût contraire à mes croyances religieuses. 2) Que, dans tous les endroits de la ville par où j’aurais dû passer en forme solennelle et dans l’intérieur de la résidence royale où je devais me rendre pour voir le Roi, fut ou enlevé ou couvert ou autrement caché de manière à ne pouvoir rien en distinguer, toute espèce d’idoles, de fétiches ou tout autre objet de superstition. 3) Que je n’assisterais à aucune cérémonie dans laquelle on aurait sacrifié la vie de quelqu’un et que personne ne fut tué en mon honneur. 4) Que, dans les cérémonies de réception, je ne ferais aucun acte d’honneur ou de distinction envers les femmes du Roi, à l’exception de la première d’entre elles. 5) Que, par respect pour les habits sacrés, je n’offrirais ni accepterais de personne l’eau de vie, sans laquelle on ne fait ici aucun compliment. Celles-ci furent les conditions principales outre d’autres de moindre importance. On m’a promis de la part du Roi qu’on les aurait toutes scrupuleusement gardées. Du reste, j’avais toujours déclaré que si on m’avait voulu forcer le moins du monde contre ces choses, je n’aurais fait au Roi qu’une visite ordinaire sous mes habits d’usage et non pas en habits sacrés et qu’on m’aurait plutôt tranché la tête que me faire plier à leurs exigences ainsi qu’on le faisait envers les autres. Me voyant si résolu, les Noirs, et le Roi avec eux, comprirent qu’ils n’avaient pas à faire avec un négociant venu au Dahomé pour ses affaires, ni à un envoyé des gouvernements d’Europe, venu pour des questions d’intérêt matériel »[18].

2.4.2.      Distance prudente vis-à-vis du pouvoir financier

Dès son arrivée au Dahomey Borghero se rend compte du pouvoir que les commerçants exercent sur la Côte et en même temps de la moralité très douteuse de plusieurs d’entre eux. Tout en tâchant donc d’entretenir des relations cordiales avec eux il garde néanmoins une distance voulue par rapport à ce monde de baptisés qui par leur contre-témoignage flagrant nuisent à la prédication des missionnaires. l’arrivée des missionnaires ne plaisait d’ailleurs pas du tout à certains, car elle remettait en question leur comportement.

2.4.3.      Souci d’indépendance du pouvoir politico-militaire européen

Nous ne pouvons pas oublier que dans les années 1860, les puissances européennes, Angleterre et France surtout, commencent leurs tentatives d’occupation des territoires de l’Afrique Occidentale qui amèneront à la colonisation proprement dite.

Dans ce contexte Borghero doit faire face à plusieurs reprises à des accusations venant des Officiers de la division navale qui patrouille le long de la Côte.

Le P. Courdioux, compagnon de Borghero, résume ainsi les griefs portés contre la Mission de Porto Novo, en particulier :

« 1° nous avons voulu nous établir à Porto-Novo malgré le Gouvernement.

2° nous sommes ennemis des institutions françaises.

3° nous ne voulons pas d’enseignement français dans nos écoles.

4° notre mission n’est pas française »[19].

Le fait de la nationalité de Borghero a joué, comme on l’aperçoit, dans ces accusations. « Figurez-vous – écrit encore Courdioux dans son Journal – qu’on dit tout haut à bord de la frégate que nous sommes une mission italienne ; que nous sommes plus favorables aux intérêts étrangers qu’aux intérêts français »[20].

Le problème de l’enseignement du français à l’école a vu, à ses débuts, s’opposer la mission et les représentants de la France.

Le raisonnement de Borghero était simple : il faut faire la classe en portugais soit parce que c’est la langue parlée des gens soit pour éviter que les gens croient que notre Religion est différente de celle des Brésiliens : « Je sais aussi que les agents de M. Régis qui du reste ne parlent que Portugais hors de leurs murs et même dans leurs murs, voudraient que nous enseignions le français ; aux yeux des officiers de Marine c’est un crime que de ne pas enseigner le français. Ces Messieurs ne voient pas que pour satisfaire la vanité de quelqu’un d’entre eux qui ne viennent ici que pour quelques années, nous devrions mécontenter des centaines de familles indigènes, nous faire soupçonner par les autorités, et faire croire que la Religion catholique n’est que la Religion des Français, comme la Protestante l’est des Anglais »[21].

2.4.4.      Proximité avec les gens

À la fin de son Journal il résume assez bien sur quoi il a basé son comportement au milieu des gens, en disant que « les missionnaires ont en leur pouvoir trois grands moyens infaillibles dont ils doivent se servir :

2.4.4.1.            témoignage de vie

« La vie chaste non seulement en réalité, mais encore avec toutes ses apparences. Il faut que les naturels n’aient aucun moyen de soupçonner le contraire. Cela donne aux missionnaires une force immense ».

2.4.4.2.            soins des malades

« L’exercice de la charité envers les malades. Cela offre un spectacle inconnu aux indigènes payens et révèle un homme différent des autres, qui gagne vite les cœurs ; que les payens sachent de trouver dans le missionnaire une main charitable qui ne les rejette pas, qu’il n’est pas éloigné par l’affreuse puanteur qui s’exhale de leurs plaies ».

2.4.4.3.            Attention aux enfants

« Le soin des enfants qu’il faut attirer par une sainte amitié, occuper agréablement par une école et les unir entre eux dans un rendez-vous commun que doit être la maison des missionnaires. Il n’y a pas des cœurs si endurcis qui puissent résister à ces moyens »[22].

2.4.5.      Patience

Un ultérieur aspect de la méthode missionnaire de Borghero concerne la patience.

Les difficultés que Borghero rencontre dans son œuvre d’évangélisation sont nombreuses. Sans parler des problèmes liés aux maladies et à la mort de plusieurs confrères, Borghero voit tout de suite qu’un problème majeur auquel il va s’affronter sera le pouvoir politique et la religion traditionnelle basés sur le culte des fétiches et surtout sur la nécessité, inhérente à ces systèmes entrelacés entre eux, des sacrifices humains pour leur survivance. Est-il juste de s’attendre à des changements dans l’immédiat et de se décourager si rien ne semble changer ?

Ses connaissances de l’histoire de l’Église viennent tout de suite à son secours et en parlant du chemin que l’évangile pourrait faire à partir de la Côte vers l’intérieur de l’Afrique, il affirme : « Si donc le christianisme s’enracine ici il pourra facilement rayonner dans ces directions, enlever les ténèbres environnantes. J’entends dire que ce sera peut-être la marche que la croix suivra dans les siècles avenir [=à venir] car Dieu n’a nul besoin d’aller vite. S. Benoît au sixième siècle de l’église trouvait encore des idoles à briser, des payens à convertir, et cela aux portes mêmes de Rome. Ne prétendons pas nous donc d’aller plus vite que les grands apôtres des siècles primitifs »[23].

CONCLUSION

Je pourrai continuer encore longtemps et présenter d’autres sujets comme le commerce des esclaves, le problème des sacrifices humains, les rapports difficiles avec les prêtres de Sao Thomé et le Gouvernement portugais, etc.

Je n’ai fait qu’ébaucher les débuts de l’aventure missionnaire SMA au Dahomey en vous parlant surtout d’un homme, le P. Borghero, à qui le Saint-Siège avait confié le Vicariat à ses débuts et qui bien mérite l’éloge qu’en fait un des premiers historiens SMA, le P. Guilcher : « C’était une âme ardente, passionnée, vibrante. De ses compatriotes, il avait le tempérament et l’audace un peu aventureuse… Énergique, courageux, bâti à chaux et à sable, se moquant de ses aises, entraîné à la fatigue, esprit très ouvert et très observateur, ayant le sens de l’organisation, servi par une véritable finesse de diplomate, versé dans les sciences humaines, possédant une science théologique étendue et sûre, animé d’une piété robuste, M. Borghero réunissait à souhait les qualités du missionnaire appelé à tenter des fondations en pays neuf… »[24]

Si j’avais réussi à vous donner envie de lire le Journal, passionnant, de Borghero je crois que j’aurais atteint au moins en partie le but que je m’étais proposé : vous faire connaître que ce qui est moissonné aujourd’hui dans la joie a été semé hier dans les larmes. C’est le paradoxe de l’évangile qui anime et modèle depuis toujours le chemin de l’évangile dans le monde.

 

Renzo Mandirola SMA

Roma, le 22 mai 2010


 

[1] Cf. Trichet, P., Mgr de Brésillac et l’inculturation, art. dans : Bulletin SMA, Rome, n° 113, février 2002, 51-61.

[2] Documents de mission et fondation, Mediaspaul, Paris, 1985, pp. 135-143.

[3] Marion Brésillac au card. Barnabò, Lyon, 3 mars 1857, envoi n° 0753, Lettres, édition préparée par Bernard Favier et Renzo Mandirola, Erga edizioni, Genova, 2005, p. 1276.

[4] Marion Brésillac au card. Barnabò, Lyon, 25 septembre 1857, envoi n° 0781, Lettres, édition préparée par Bernard Favier et Renzo Mandirola, Erga edizioni, Genova, 2005, p. 1308.

[5] Les morts se suivent au mois de juin 1859 : 2 juin : mort du Père Louis Riocreux. 5 juin : mort du Père Jean-Baptiste Bresson. 13 juin : mort du Frère Gratien Monnoyeur. 25 juin : mort de Mgr de Brésillac, à 13h20. 28 juin : mort du Père Louis Reymond.

[6] Marion Brésillac au P. Planque, Freetown, 18 juin 1859, envoi n° 0921, Lettres, édition préparée par Bernard Favier et Renzo Mandirola, Erga edizioni, Genova, 2005, p. 1468.

[7] Planque au card. Barnabò, Rome 27 septembre 1859. APL I.

[8] Planque au card. Barnabò, 26/08/1860. APL I. Dans la première histoire des SMA et du Dahomey le chanoine Desribes, en s’adressant au P. Planque, écrit : « Dans les lettres si sérieuses du P. Borghero, l’illustre génois, qui fut l’âme de toutes vos missions à leur début, se révèle aussi solide philosophe et profond théologien qu’apôtre infatigable » (Desribes E., L’évangile au Dahomey et à la côte des esclaves, Clermont Ferrand 1877, X).

[9] Journal de Francesco Borghero, premier missionnaire du Dahomey, 1861 -1865. Sa vie, son Journal (1860-1864), la Relation de 1863, Documents rassemblés er présentés par Renzo Mandirola sma et Yves Morel sj, Paris, Karthala 1997, 296 p. : c’est à cette édition que les références renvoient. Une autre édition — avec des compléments — a vu le jour en italien: Francesco Borghero. Diario del primo missionario del Dahomey 1860-1864, a cura di Renzo Mandirola, Bologna, EMI, 2002, 479 p.; ainsi qu’en anglais : Diary of Francesco Borghero, First Missionary in Dahomey, 1860-1864. Documents prepared in French by Renzo Mandirola SMA, translated into English by Bob Hales SMA. Published by SMA, Rome, 2006, 331 p.

[10] Journal de Francesco Borghero, Introduction, p. 20.

[11] « Voyez-vous quand je vous écris, les choses coulent de ma plume ou si vous voulez sortent de la tête comme la foule sort de S. Jean (à Lyon), le jour de Pâques ou de l’Assomption. Tous veulent sortir à la fois. Par l’une des trois grandes portes. Par l’une ils ne [09] peuvent pas s’en aller, ils en cherchent une autre et c’est le même (prae multitudine gentium) et ils finissent par attendre en paix. Je veux dire que j’ai toujours tant de choses à vous écrire et pour le faire, je dois grappiller un peu de temps comme je peux. » (Lettre à Planque, 19-30/08/1861).

[12] “Monsieur Borghero”, dans Annales de la Propagation de la Foi, 1893, p. 158.

[13] “Lettre au sujet d’une carte de la Côte des Esclaves adressée à M. D’Avezac par M. l’Abbé Borghero, Missionnaire – Lyon 14 avril 1866”. Vol. XII, 1866, pp. 73-89.

[14] N’oublions pas la mort des Pères Edde (09/04/1861), de Fernandez (30/11/1863), de Noché (01/07/1864), de Bébin (28/12/1864).

[15] Lettre à Planque, 19-30/08/1861.

[16] Cf. mon article Francesco Borghero, premier missionnaire du Dahomey de 1861 à 1865 ; en Histoire & missions chrétiennes ; 02, juin 2007, pp. 45-61.

[17] Journal de Francesco Borghero, Introduction, p. 20.

[18] Journal de Francesco Borghero, au 28 novembre 1861, p. 64.

[19] Journal du P. Courdioux du mois d’octobre 1864. AMA 12/802.00, 20067.

[20] Ibid.

[21] Lettre à Planque, Whydah 26-31/10/1863. AMA 12/802.00, 19928.

[22] Journal de Francesco Borghero, au 31 décembre 1864, p. 232.

[23] Lettre à Planque, Whydah 30/09/1861. AMA 12/802.00, 17221.

[24] Guilcher, R., Un ami des noirs, Augustin Planque. Lyon, Missions africaines, 1928, pp. 74-75.